I - A : Une image omniprésente du corps sain

1.    Une définition de l’aryanisme

Le concept de la race aryenne n’est pas issu des Nazis et des partisans Hitlériens, comme beaucoup pourraient le penser. Certes, son application la plus connue était celle du Nazisme, mais c’était une croyance mise en place vers le milieu du XVIIIème siècle, qui partait de l’idée que les peuples parlant les langues indo-européennes (langues germaniques, romanes, celtes et grecques) et leurs descendants constitueraient une race distincte. Ces peuples seraient des Blancs qui auraient envahi l’Inde dans une époque lointaine, chassant les diverses tribus qui occupaient le pays. Les premiers Aryens auraient ressemblé aux représentants de peuples nordiques, et c’est l’image qu’a donné le régime Nazi à cette race : grands, forts, cheveux blonds et yeux bleus, peau claire et traits droits. Les Nazis considéraient la race Aryenne supérieure à toute autre « race », et étaient convaincus qu’il fallait tout faire pour préserver sa pureté. Le culte qu’a voué le régime Nazi à cette prétendue race est appelé « aryanisme ».

Les gymnastes, Gerhard Keil, 1939. 125,5cm x 115,5cm. Gemäldegalerie Neue Meister, Dresde.

L’idéalisation de cette race Aryenne et la mise en place d’un violent antisémitisme sont apparues presque simultanément en Allemagne. En effet, l’un n’allait pas sans l’autre : la haine d’une « race » devait forcément se suivre de l’adoration d’une autre. La race Aryenne représentait l’opposé absolu du juif, le fondamental de l’antijudaïsme. Cette opposition devient d’abord apparente dans la comparaison des physiques des deux « races » : les Aryens, avec leurs nez droits, leurs yeux bleus, leurs cheveux blonds et leurs corps forts contrastaient violemment avec l’opinion publique du corps Juif : cheveux noirs, teint rugueux, nez long et crochu, corps trapu, dos courbé… Les deux peuples sont des antonymes totaux. Ainsi, l’adoration de l’un engendre la haine de l’autre, et vice versa ; c’est donc du mépris des Juifs qu’est né l’aryanisme.

De plus, l’aryanisme représente un paradoxe flagrant. Non seulement l’idée de la race aryenne est elle très peu crédible, car elle n’est basée sur aucun fondement scientifique ou même logique, mais sa mise en place était très douteuse. En effet, les Allemands se voyaient presque forcés d’idolâtrer une race précédemment inconnus, à laquelle beaucoup n’appartenaient prétendument pas car ils ne correspondaient pas aux critères physiques. De plus, si le culte de la race aryenne avait été mis en place de façon concrète et complète, les "Aryens" auraient étés séparés du reste de la population, afin de préserver la pureté de la race. On peut donc supposer que les dirigeants Nazis n’étaient pas véritablement convaincus de la validité de la théorie ; il est fort probable que l’idée de la race Aryenne vient tout simplement du besoin qu’avait le régime Nazi d’un idéal, d’un modèle symbolique que les citoyens Allemands se devaient de suivre. En effet, énormément de non juifs et même de membres du parti ne faisaient pas partie de cette race Aryenne, y compris Goebbels, Goering et Hitler lui-même. De même, un certain nombre de Juifs possédaient les fameux yeux bleus et cheveux blonds tant mis en valeur par les Nazis.

La famille Aryenne, Wolfgang Willrich, 1930

L'Aryen représentait en effet l'idéal humain, la perfection absolue. C'était le modèle sur lequel tous les hommes devaient s'appuyer, la personne dont chacun devait s'inspirer pour devenir un citoyen idéal sous le Troisième Reich. De plus, l'idée de l'homme Aryen renforçait la conceptualisation de pureté ou d'impureté de la race très présente durant le régime Nazi. En effet, il était essentiel que ceux appartenant à la race Aryenne restent purs et non contaminés par la "malsaineté Juive". Adolf Hitler a dit dans Mein Kampf: "Si la Nature ne désire pas que des êtres faibles procréent avec des êtres plus puissants, ce qu'elle veut encore moins c'est qu'une race supérieure se mêle à une race inférieure, car si ceci se produisait tous ses efforts, à travers des centaines de millions d'années, visant à établir une classe supérieure d'être humain évolutionnaire, pourraient s'aviser futiles." Hitler a également dit plus loin, "la race qui a été, et est toujours, championne du progrès humain; je parle de la race Aryenne." On peut voir à travers ces citations que Hitler, et donc le régime Nazi, désiraient absolument convaincre la population Allemande de la supériorité et du caractère symbolique de la race Aryenne, pour que les Allemands s'en forgent un modèle à suivre. C'est à travers ceci que l'on reconnait l'aryanisme.

 

2.    Un moyen : la propagande pro Aryenne

Afin de contrôler le peuple, le régime Nazi avait besoin d'un idéal que tous devait suive: l'idéal de la race Aryenne. Pour faire parvenir ce concept, les dirigeants du Troisième Reich ont mis en place un système de propagande basé entièrement sur l'idéologie de la race Aryenne. On trouvait alors énormément de posters, d'affiches et de prospectus glorifiant cette race, et encourageant le peuple à suivre cet idéal par la même occasion. Cette propagande représentait des scènes très classiques: des hommes au travail, des femmes s'occupant de leurs enfants et des familles unies. Elles encourageaient le peuple Allemand à se retourner vers les valeurs traditionnelles d'antan: le travail manuel, le travail domestique, les familles nombreuses... C'était sur ces valeurs que le régime Nazi désirait s'appuyer, et c'est grâce à l'idée de la race Aryenne qu'ils ont pu mettre en place ce concept.

 

"Femmes, battez-vous pour vos enfants!"

"Vous êtes le front"

"Nous construisons le corps et l'esprit"

"Un peuple s'entraide"

"Nous avons tous 10 ans"

"Les femmes Allemandes unies dans la Jeunesse Hitlerienne"

"Les femmes veulent le NSDAP"

3.    Une mise en scène du corps

 L’un des éléments critiques du régime Nazi était une mise en scène du corps. En effet, les dirigeants Nazis se servaient énormément d’une mise en scène particulière du corps de ses citoyens pour représenter la force, la puissance et la dignité du régime. Il va donc sans dire que, à partir du moment où le NSDAP a pris le pouvoir, énormément de marches militaires ont eu lieu en Allemagne. Ceci semble évident car il est difficile d’imaginer une démonstration comportant une mise en scène du corps importante qui pourrait engendrer tant de succès et d’impact aux citoyens y assistant qu’une marche militaire. Les hommes ressentent le besoin de devenir l’un de ces êtres presque surhumains qui défilent devant eux, forts et dignes et ordonnés; les femmes sont fières de leurs, fils, de leurs frères et de leur maris, qui représentent l’Allemagne d’une façon on-ne-peut-plus positive, et les enfants, bien sûr, rêvent de devenir comme ces soldats, aspirent à cette carrière majestueuse. Les résultats de ces marches militaires ont non seulement un effet extrêmement positif sur l’Allemagne, mais elles représentent encore un autre système de propagande subtil mais efficace en démontrant au peuple les vraies valeurs du régime Nazi, exprimées par le corps : l’ordre, la tradition, la fierté, la beauté et la simplicité.

Pour donner une plus grande importance à ces marches militaires, qui avaient un effet de propagande très efficace, le régime Nazi a mis en place les Rallyes de Nuremberg. Ces rallyes annuels, ayant eu lieux des années 1923 à 1939, avaient pour fonction principale de démontrer la force et la grandeur du peuple Allemand, dans un but de propagande évident. On y trouvait chaque année de longues marches militaires majestueuses, effectuées par le peuple, ainsi que des discours faits par les plus prestigieux dirigeants de le NSDAP. Les masses du peuple juraient leur loyauté au Führer, écoutaient les discours du Führer, marchaient pour le Führer et obéissaient aux ordres du Führer. La fonction principale des ces rallyes, à part celle de la propagande, était donc de montrer le peuple Allemand, der Volksgemeinschaft, comme un peuple soudé et uni.

Photo du Rallye de Nuremberg des SS, 1938

Durant le Rallye de Nuremberg de 1934, la cinéaste officielle du Troisième Reich et préférée de Hitler, Leni Riefenstahl, a fait un film de propagande nommé "Le Triomphe de la Volonté". Ce film sert non seulement à donner une image héroïque et prestigieuse de ces rallyes, mais également à glorifier le dirigeant du peuple, Hitler. En effet, le film comporte deux thèmes majeurs: Hitler, le dirigeant prestigieux, noble, majestueux et superbe, et le peuple, un ensemble de masses immenses et déshumanisées. Il a cependant pour but principal de glorifier l'idéologie Nazie. En regardant ce film, non seulement sa fonction principale mais la fonction principale de la propagande Nazie devient tout de suite apparente: elle sert à démontrer que le peuple Allemand, sous le régime Nazi, ne doit pas avoir de valeurs individuelles; chacun doit faire partie de l'Allemagne et seulement l'Allemagne, et doit être prêt à mourir pour elle, mourir pour son Führer. En montrant ces masses de peuple déshumanisées, grotesques, Leni Riefenstahl montre aux Allemands qu'ils se doivent de n'être qu'un, totalement dévoués à leur pays. Ainsi, la fonction de la mise en scène du corps devient apparente: elle ne sert pas seulement à glorifier l'Allemagne et son peuple, mais à le déshumaniser, à l'endoctriner, pour faire en sorte qu'il devienne totalement docile et dévoué au Reich. 

Sur cette image extraite du film, on peut distinguer clairement le sentiment de la propagande que veut mettre en place Leni Riefenstahl. En effet, on distingue facilement au centre de l'image trois personnages, sûrement Hitler et deux de ses dirigeants. Entourant les trois personnages, on peut voir des masses non distinctes, très organisées et structurées, représentant les soldats et le peuple. Cependant, ces masses semblent à peine humaines; on ne peut même pas distinguer un visage. Ceci correspond totalement à l'idée de deshumanisation du peuple présente dans le film; le Volk n'est qu'un, l'Allemagne, avec au centre son Führer.

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