I - B : La représentation du corps dans l'art au Troisième Reich

1.    La place de l’art dans la propagande Nazie

L’art tenait une place très importante durant le Troisième Reich. En effet, les dirigeants Nazis comme Hitler ou Goebbels le considéraient comme une partie essentielle de leur société. Comme pour tout durant cette période, il existait des régulations très strictes par rapport à l’art : celui ci devait exalter les valeurs traditionnelles du régime comme la pureté raciale, le militarisme ou encore l’obéissance. Les dirigeants Nazis choisissaient les formes d’art qui leur paraissaient acceptables avec beaucoup de soin et de méticulosité non seulement à cause de leurs valeurs très conservatrices, mais aussi parce qu’ils étaient déterminés à utiliser la culture comme propagande. En effet, en instaurant les valeurs du régime Nazi dans toutes les formes d’art ouvertes au public, ils mettaient en place une forme relativement subtile de propagande qui facilitait l’endoctrinement de la population Allemande.

Cependant, il leur fallait contrôler l’art auquel le public avait accès : le régime Nazi favorisait une forme d’art traditionnelle, sur des modèles Grecs ou Romains, et avaient horreur des formes différents et variés d’art moderne qui faisaient leur apparition en Allemagne dans les années trente. Pour réglementer l’art Allemand, les dirigeants Nazis on trouvées plusieurs solutions.

En Septembre 1933, Joseph Goebbels, le Ministre du Reich à l’Éducation du peuple et à la Propagande, a crée le Reichskulturkammer (Chambre de Culture du Reich). Il a été crée pour promouvoir l’art approuvé par le régime Nazi. Le RKK comportait plusieurs subdivisions, qui s’occupaient de la musique, du cinéma, de la littérature… Ces subdivisions étaient des groupes dont il fallait être membre, étant occupés par des artistes « racialement purs » qui étaient pour le Mouvement. Goebbels l’a dit clairement : « À présent, seuls ceux étant membres d’une Chambre seront autorisés à être productifs dans notre vie culturelle. L’adhésion est ouverte seule à ceux qui répondront aux critères d’entrée. De cette façon, tout élément indésirable sera exclu. En 1935, le RKK comportait 100,000 membres.

En Septembre 1944 le Ministère de l’Éducation du peuple et de la Propagande a préparé une liste de 1,041 artistes considérés comme essentiels à la culture Nationale Socialiste. Cette liste a été nommée la Liste de Gottbegnadeten (la liste des bénis de Dieu).  Les artistes présents sur cette liste furent exemptés de l’obligation de mobilisation ; ils ne durent pas rejoindre l’armée Allemande pour combattre dans la guerre. Il est évident que le régime Nazi a accordé cette exemption car ces artistes jouaient un rôle primordial dans leur propagande ; c’est un exemple de l’importance de l’art dans le Troisième Reich. Parmi ces 1,041 noms se trouvaient des peintres, des sculpteurs, des architectes, des compositeurs, des réalisateurs et autres. Parmi ceux-ci, 24 furent cités comme « irremplaçables » (unersetzlich).

La place de l’art dans la propagande Nazie était donc essentielle : les dirigeants s’en servaient énormément pour faire transparaître leur message, et faisaient tout pour garder les artistes qu’ils considéraient comme appropriés à leurs idéaux dans leur régime.

 

2.    L’art officiel du Troisième Reich

Commençant en 1933 et se continuant jusqu'en 1945, les Nazis ont mis en place un art officiel et approuvé par le régime, correspondant aux valeurs et aux croyances mises en place durant le Troisième Reich. Cet art officiel prenait pour modèle l'art Grec et Romain, car il était considéré comme libre des influences Juives qui avaient corrompues toutes les autres cultures et leur art. Il était caractérisé par un style de réalisme romantique, basé sur des modèles classiques; on nommait souvent ce style "réalisme héroïque". Cet art exaltait les valeurs de pureté raciale, de militarisme et d'obéissance caractéristiques du régime Nazi. On trouvait souvent des représentations du peuple (Volk) travaillant dans les champs, l'amour de la terre mère et le "Kinder, Küche, Kirche" (les enfants, la cuisine et l'église, qui représentaient le rôle de la femme à cette époque). Cet "art officiel" correspondait à de nombreuses formes d'art: la peinture, la sculpture, la musique... En effet, le régime Nazi n'omettait rien dans leur contrôle de la culture Allemande.

Les peintures officielles du Troisième Reich retombaient souvent dans la même catégorie. Beaucoup représentaient des paysages, se reportant aux traditions du Romantisme, mais n'ayant aucune référence ou symbolique religieuse. On trouvait aussi des peintures de paysans, représentant une vie en harmonie avec la nature. La révolution industrielle n'avait aucune place dans ces peintures; on trouvait au contraire des laboureurs travaillant à mains nues, et donc le travail du corps sain, rappelant encore une fois l'homme Aryen, qui était évidemment prédominant dans ces représentations. On trouvait donc beaucoup d'images d'hommes et de femmes fortement stéréotypées, évoquant un symbolisme, un exemple que le peuple Allemand se devait de suivre. L'imagerie héroïque était donc très forte, servant à cette même fin; on trouvait souvent des sacrifices héroïques de guerres et de victoires. Cependant, l'art antisémite était très rare; le régime Nazi favorisait des peintures positives, exemplaires pour le peuple Allemand. L'art en général n'avait pas de connotations racistes ou antisémites; ceci était réservé à la propagande réelle.

Werner Peiner, "Die Belagerung der Marienburg", 1940

Werner Peiner (1897-1984) était l'un des peintres officiels du Troisième Reich les plus reconnus et talentueux. Il peignait énormément de paysages et de batailles glorieuses de l'Allemagne. De 1937 à 1944 il a crée cinq tapisseries gigantesques, commissionnées par Hitler et destinées à décorer la nouvelle Chancellerie du Reich. Cette image est l'une de ces tapisseries, représentant le siège de Marienburg, peint en 1940. Cette tapisserie est l'incarnation du sentiment d'héroïsme et de guerre présent dans l'art officiel du Troisième Reich.

Adolf Wissel, "La famille paysanne du Kalenberg", Huile sur toile, 1939

Adolf Wissel (1894-1973) était un autre artiste officiel du Troisième Reich. Il était très connu pour ses peintures représentant les vies simples et naturelles du peuple Allemand, de paysans et de fermiers. Ses peintures faisaient partie de la campagne "terre et sang" des Nazis, qui encourageaient la valorisation de la famille et de la patrie. Cette peinture est un exemple typique: elle représente une famille, totalement stéréotypée racialement car chaque personne possède les caractéristiques de la race Aryenne. C'est une famille soudée, qui incarne les vraies valeurs traditionnelles de l'Allemagne.

 

Les sculptures présentes au Troisième Reich représentaient principalement la force, la détermination et la beauté de l'homme Aryen. Souvent, on trouvait des sculptures d'hommes nus, avec un corps parfait, prêts pour la bataille. Le corps se devait de représenter la perfection, l'idéal de la race Aryenne. 

Le Guarde, Arno Breker, 1942

Arno Breker était le sculpteur préféré d'Hitler, car ses représentations du corps de l'homme étaient réellement parfaites, dépourvues de défauts ou d'imperfections et n'omettant pas le moindre détail. Il a produit énormément de sculptures à la gloire de l'idéologie du régime. Cette sculpture, encore une fois, représente parfaitement la symbolique qui se devait d'être présente dans les sculptures du Troisième Reich. L'homme représenté est fort, fier et beau: il incarne la perfection de la race Aryenne. 

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