I - C : Le devoir des corps

 1. L’homme : une place primordiale dans la société

La place de l'homme était essentielle dans le régime Nazi. En effet, c'était le corps de l'homme Aryen, fort, beau et puissant, qui allait mener l'Allemagne à son glorieux futur. Le fonctionnement du régime était tel que le corps de l'homme était très valorisé, même sacralisé sous le "règne" de Hitler. En effet, c'était grâce à l'homme que l'Allemagne allait accomplir tout ce qu'il lui fallait accomplir: c'était l'homme soldat qui aller gagner la guerre pour l'Allemagne, l'homme laboureur qui allait rendre l'Allemagne autosuffisante, et donc sans besoin de se dépendre sur ses ennemis pour se nourrir. C'était l'homme Aryen, l'homme fort qui allait défendre l'Allemagne des pays qui n'avaient fait que l'oppresser. 

Couverture du magazine Signal, exemplaire de 1944

Cependant, pour arriver à ce but, il fallait tout d'abord une armée, chose interdite par le Traité de Versailles. Le régime Nazi a mis en place la Wermacht ("Force de défense) pour "protéger" l'Allemagne. De 1935 à 1945, la Wermarcht a été l'armée la plus puissante et redoutable du monde. Elle contenait trois volets; la Heer ("l'Armée de terre") qui a comporté 13 millions de personnes, la Kriegsmarine (la "Marine") qui a comporté 1,5 millions de personnes et la Lutwaffe (l' "Armée de l'air") qui a comporté environ 3,4 millions de personnes. En tout, environ 18 millions d'hommes ont servi pour la Wermacht. Il est donc évident que le service militaire et tout se rapportant à l'armée était essentiel dans le régime de propagande Allemand. On peut donc facilement conclure que le motif derrière la virilisation et la mise en valeur du corps de l'homme était du moins en partie liée à ce besoin de soldats, de combattants pour l'Allemagne.

Cependant, les dirigeants Nazis ne voulait pas seulement des soldats; ils désiraient également des laboureurs, des hommes forts et simples qui pourraient travailler la terre, récolter le blé et produire la nourriture dont l'Allemagne avait besoin. Le Troisième Reich favorisait bien évidemment les valeurs traditionnelles; le régime ne cherchait donc pas des ouvriers travaillant dans la chaîne et opérant des machines compliquées, mais de simples hommes transpirant dans les champs, parmi la terre de leurs ancêtres. Les Nazis cherchaient des hommes, des vrais, pour représenter la race Aryenne.

L'homme, et particulièrement son corps, avait donc une place primordiale dans la société du Troisième Reich; il était considéré comme essentiel au pays et à ses citoyens. Un vrai endurcissement du corps masculin a eu lieu durant cette période, encourageant les valeurs traditionnelles de l'homme au travail et à l'armée, pour servir sa patrie; la place de l'homme dans la société Allemande était donc très importante et absolument indispensable.

 

2. La femme : un rôle majoritairement domestique

La femme avait un rôle très particulier sous le Troisième Reich. Suivant les valeurs traditionnelles du régime, leur fonction primordiale était bien sûr de reproduire, afin de répandre la race Aryenne. Il serait donc possible de dire qu'elle avait un rôle inférieur, moindre par rapport aux hommes; elle n'étaient pas considérées comme particulièrement importantes par rapport au régime, et leur place était plutôt secondaire. En effet, leur rôle était majoritairement domestique, et correspondait à la tradition de Kinder, Küche, Kirsche (enfants, cuisine, église) présente en Allemagne au XXème siècle. Cependant, Hitler ne pouvait pas non plus les ignorer durant la campagne politique du NSDAP, car elle représentait une grande partie du vote Allemand. Ainsi, il ne les a pas rabaissées ni considérées comme inutiles; au contraire, il a valorisé leur rôle de leur société, mais plutôt en tant que mère et ménagère. Les femmes sous la domination Hitlérienne semblaient accepter ce rôle domestique: elles comprenaient la nécessité qu'avait l'Allemagne d'une descendance importante. Ainsi, les femmes ayant un rôle exemplaire dans la société Nazie étaient celles qui faisaient beaucoup d'enfants pour l'Allemagne, le but étant d'avoir une descendance nombreuse. Hitler déclare dans un discours le 8 septembre 1934, " chaque enfant que [la femme] met au monde est une bataille qu’elle livre pour la survie de son peuple ".

Si le rôle domestique des femmes était encouragé, les dirigeants Nazis voulaient qu'elles restent à cette place; ils considéraient que les femmes se devaient de travailler pour l'Allemagne, mais en tant que mères et ménagères. Les idéaux du régime faisaient que les femmes n'étaient pas du tout acceptées quand elles désiraient remplir les mêmes fonctions que les hommes. En effet, : lors du tout premier rassemblement général des membres du NSDAP, début 1921, une résolution est votée prévoyant « qu’aucune femme ne peut être admise à la direction du Parti ni dans le comité administrateur » (cité par Franz Willing, Die Hitlerbewegung). De plus, les femmes n'avaient pas le droit de s'inscrire dans l'armée, et la "carrière" qui leur était fortement conseillée consistait en se marier et avoir le plus d'enfants possible. 

Non seulement les partisans du régime Nazi abhorraient-ils les femmes qui n'acceptaient pas leur rôle domestique, mais ils exigeaient que celles-ci soient le plus respectable possible. Ils dénigraient la frivolité; pour le régime Nazi, la femme se devait d'être simple et traditionnelle dans son apparence comme dans son comportement. L'émancipation des femmes était considérée comme un symptôme contre nature et dangereux pour la civilisation. En 1933, le NSBO (National Sozialistischer Betriebs Obman – organe du Front du Travail ouvert aux femmes) annonce que les femmes « peinturlurées et poudrées seront interdites à toute réunion du NSBO. Les femmes qui fument en public – dans les hôtels, dans les cafés, dans la rue et ainsi de suite – seront exclues du NSBO » (cf. Frankfurter Zeitung, 11 août 1933). Ceci allait à l'encontre des moeurs précédents du pays; en effet, en 1919 les femmes ont obtenu le droit de vote, et dix ans plus tard elles étaient réprimées de nouveau.

Cependant, les Nazis ne pouvaient pas exercer cette doctrine auprès des femmes entre hommes: il leur fallait une représentante du parti de la NSDAP. Ainsi, ils ont choisi Gertrud Scholtz-Klink (1902-1999) pour jouer le rôle de la femme Nazie exemplaire. À l'âge de 18 ans, c'est déjà une Nazie fervente; elle épouse un ouvrier et accouche de six enfants avant la mort de son mari. Pour le gouvernement Nazi, son statut de veuve, ses nombreux enfants et son physique typiquement "germanique" font d'elle une représentante parfaite du parti; ils la nomment alors Reichsfrauenführerin (Leader des Femmes du Reich). En 1938, elle déclare que "la femme allemande doit travailler et travailler, physiquement et mentalement, et doit renoncer au luxe et au plaisir". Sur la photographie ci-dessous, on peut clairement voir le type de femme que les Nazis voulaient pour l'Allemagne: forte, travailleuse, traditionnelle et maternelle.

Gertrud Scholtz-Klink 

Ainsi, les femmes avaient un rôle très particulier sous le Troisième Reich, un rôle qui ne correspondait pas du tout à leur nouveau statut de femme émancipée: elles se devaient d'avoir un rôle avant tout domestique, et de se soumettre en quelque sorte au sexe masculin. Il est donc possible de dire qu'une certaine misogynie était présente en Allemagne, sous le Troisième Reich.

 

3.  Les enfants : le futur de l’Allemagne

Hitler a dit, durant son discours au Reichsparteitag en 1935: "Le futur appartiendra à celui qui possèdera la jeunesse". Cette phrase résume tout à fait la stratégie qu'adopte le régime Nazi par rapport à la jeunesse Allemande; elle représente le futur, il faut donc l'endoctriner aussi tôt et aussi rapidement que possible. En effet, l'un des atouts majeurs du gouvernement du Troisième Reich était sa jeunesse, qui adhérait totalement au régime qu'Hitler a instauré pour l'Allemagne. Cependant, ceci n'est pas venu tout seul: énormément de lois, de discours et de propagande ont été faits pour que la jeunesse Allemande soit élevée parmi les valeurs du NSDAP. Les Nazis l'ont bien compris: c'est la jeunesse qui fait la force d'un peuple. Certes, si toute la vieillesse d'un pays adhère à un régime, il survivra quelque temps, mais c'est la jeunesse qui lui rendra sa vitalité, lui donnera un avenir. Si les jeunes ne coopèrent pas et se rebellent, il en est fini de tout. En effet, aucune civilisation n'a pu survivre sans une jeunesse prospère, très nombreuse et docile.

Il fallait aux Nazis une main d'oeuvre obéissante pour pouvoir prendre la place du peuple qui vieillit. En effet, l'importance des rôles des hommes et des femmes a déjà été soulignée; il fallait des hommes pour travailler dans les champs et se battre dans les armées, et des femmes pour reproduire. Cependant, cette génération d'hommes forts et de femmes fertiles allait un jour s'éteindre, et il fallait sans arrêt des jeunes pour prendre le relais; ainsi, le régime Nazi a habitué sa jeunesse à l'idée du remplacement de leurs parents. Les garçons étaient entraînés physiquement pour les tâches manuelles qui les attendaient, et l'on encourageait les filles à se reproduire, à avoir des relations hors marriage pour avoir le plus d'enfants possible, et pouvoir répandre la race; c'était un cercle vicieux.

Das Deutsche Mâdel, 1936. Hermann Goëring montre son appréciation des enfants.

Pour une efficacité optimale de cette endoctrinement de la jeunesse, le régime Nazi a crée toutes sortes de programmes pour les enfants de tout âge. On appelait l'ensemble de ces programmes la "Jeunesse du Reich". On trouvait pour les enfants de 8 à 10 ans le Jungvolk ("Jeune Peuple") pour les garçons. Ensuite, il y avait der Pimpfen ('les Gars") pour les garçons de 10 à 14 ans et une section spéciale de la Bund der Deutschen Mädel (BDM), nommée Jungmädel ("Jeunes Vierges"), pour les filles de 10 à 14 ans. Tous ces groupes étaient facultatifs, mais beaucoup de parents Allemands y inscrivaient leurs enfants pour montrer leur enthousiasme aux dirigeants Nazis. Ensuite, on trouvait l'organigramme le plus célèbre, der Hitlerjugend (la "Jeunesse Hitlérienne") pour les jeunes garçons de 14 à 18 ans et le Bund der Deutschen Mädel pour les filles de 14 à 21 ans. Ces deux derniers volets de la "Jeunesse du Reich" sont rendus obligatoires en 1936. Il existait aussi une autre section spéciale de la BDM, pour les filles de 17 à 20 ans, nommée "Foi de Beauté". Von Schirach, qui est nommé chef de la Jeunesse du Reich en juin 1933, affirme que " seul ce qui est éternellement jeune doit avoir sa place dans notre Allemagne (…) La jeunesse est une attitude (…) Les hommes intérieurement vieux sont la peste d’un peuple sain." Dans l'un de ses discours en 1938, Hitler décrète: "Cette jeunesse n’apprend rien d’autre qu’à penser allemand, à agir allemand... Ces garçons entrent à dix ans dans notre organisation, et souvent y respirent pour la première fois un air frais. Après huit années aux Jeunesses hitlériennes, nous les prenons tout de suite dans le parti, dans le Front du travail, etc. Puis la Wehrmacht les prend en mains pour un nouveau traitement et quand ils en reviennent, nous les reprenons tout de suite pour qu’ils n’aient pas de rechute, dans les SA, les SS et ainsi de suite. Et ils ne seront plus jamais libres de leur vie entière ".

Dans le BDM, les jeunes filles sont surtout initiées à la maternité; on leur enseigne dés le plus jeune âge leur devoir de future mère de famille. Les jeunes Allemandes accomplissent également un an de service agricole ou ménager, pour les préparer à ce futur rôle. Les Nazis voulaient que leurs femmes soient dures à l'épreuve et authentiques, et non des objets fardés; c'est ainsi qu'ils éduquaient les jeunes filles. Les garçons étaient également endoctrinés par la Jeunesse Hitlérienne, mais on leur imposait des valeurs différentes. En effet, dans la HJ la structure était très militaire; les jeunes portaient des uniformes semblables à ceux des soldats Nazis, et on y trouvait des grades rappellant ceux de l'armée. Les garçons subissaient également un entraînement militaire, il servait d'une base de recrutement pour les groupes militaires Nazis, notamment les SS. Les garçons et filles avaient tous deux un magazine qui leur était dédié; Der Pimpf et Das Deutsche Maedel, respectivement. Ceux-ci n'étaient qu'une autre forme de propagande, pour ajouter à l'influence Nazie qui était partout.

On trouvait également des écoles spéciales, mises en place par les Jeunesse Hitlériennes. Elles étaient réservées aux jeunes les plus doués, et les critères de sélection étaient très durs. Les élèves accédant à ces écoles poursuivaient des études normales pendant huit ans (de 12 à 20 ans) et passaient ensuite l'Abitur (le Baccalauréat Allemand). Les jeunes gens qui sortaient des écoles Adolf Hitler étaient destinés aux carrières administratives et de direction de l’Etat ou du parti.

L'influence Nazie auprès des jeunes Allemands était donc incroyablement forte; il était impossible qu'un enfant ne soit pas fortement exposé aux idéaux du Nazisme. Ce stratagème se prouvait être très efficaces pour les dirigeants du Troisième Reich, car ils possédaient toute une jeunesse qui allait pouvoir continuer leurs idéaux et remplacer la vieillesse; la propagande à ce niveau-là était donc extrêmement efficace.

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