II - A : La dévalorisation du Juif

1.    La création d’un ennemi commun : le Juif

La haine des Juifs, ou tout simplement l’antisémitisme, n’est pas un phénomène ayant apparu durant le régime Nazi. Le mépris et le manque de confiance attribué à ce peuple date de plusieurs milliers d’années ; en effet, l’antisémitisme est un phénomène qui a touché énormément de peuples à travers les siècles. La haine de ce peuple est presque une tradition : de l’oppression des Juif en Egypte aux massacres antisémites de la Première croisade en passant par le massacre de la population juive de Worms et bien sûr la Shoah, mot Hébreu signifiant « catastrophe » qu’utilisent le peuple pour catégoriser l’extermination Hitlérienne des Juifs, les Hébreux ont subi énormément d’exécration, de malheur. Mais pourquoi les Juifs ? Pourquoi représentaient-ils une cible si facile, si évidente pour les nazis ? Pourquoi engendraient-ils tant de haine, tant de mépris ? Comment les dirigeants du Troisième Reich ont-ils convaincus le peuple Allemand qu’ils représentaient une race, qu’il fallait exterminer à tout prix ?

La première théorie qui semblerait expliquer partiellement la haine vouée aux Juifs est économique. En effet, traditionnellement, les Juifs sont haïs car ils sont trop riches, trop puissants. Cependant, cette théorie économique est très paradoxale ; dans Mein Kampf comme dans la propagande nazie, on donne au Juif une image très contradictoire, mais toujours péjorative. La plus commune est celle du Juif riche : c’est un profiteur, obsédé par l’argent et qui fera absolument tout pour en obtenir, y compris ruiner les plus infortunés. Le Juif riche est généralement vu comme possédant un commerce qui, pour une raison quelconque, a beaucoup plus de succès que les commerces rivaux. Il est vu comme un tricheur, profiteur et malhonnête. Cependant, on trouve une autre représentation du Juif : celle du pauvre, colporteur ou mendiant, tentant vainement de vendre pour vivre (car, dans l’image antisémite du Juif, le thème de la vente est de l’argent est toujours présent). Le Juif pauvre est un pouilleux, un parasite sale et contaminant, qui ne mérite pas de vivre dans la civilisation. Il est également vu comme révolutionnaire et anticapitaliste, parfois même communiste, qui ne cherche que le détriment de la population. Ces deux caricatures vont bien évidemment à l’encontre de l’une et de l’autre, ce qui renforce le caractère ridicule de cet antisémitisme.

La haine des Juifs vient également du fait que ce peuple est considéré comme un peuple d’étrangers, différent du reste de la société. En effet, il a toujours été utilisé comme bouc émissaire, pour tous les malheurs ayant eu lieu. Un exemple très pertinent est par exemple la perte de la Première Guerre mondiale en 1918 : beaucoup blâmaient les Juifs pour cet échec.

 

Sous le régime Nazi, Hitler a utilisé beaucoup de stratagèmes pour engendrer la haine inconditionnelle des Juifs. Pour que son régime fonctionne correctement, il lui fallait absolument un bouc émissaire, et le Juif représentait le responsable idéal pour le malheur des Allemands durant l’entre- guerre. L’Allemagne était pauvre ? C’était bien évidemment la faute des Juifs, qui avaient pris tout l’argent du pays. Il y avait des gens malhonnêtes, qui faisaient preuve d’une corruption morale et faisaient du mal au pays ? Il s’agissait bien évidemment des Juifs, ou de descendants de Juifs, car le sang Juif était impur, et il contaminait le sang Allemand, le sang Aryen. Il fallait à tout pris l’exterminer.

Pour engendrer cette campagne de terreur et de haine, Hitler a tout d’abord mis en place la qualification du peuple Juif comme une race. On trouvait la race pure, la race exemplaire, Aryenne, et la race impure, parasite, qui ne cherchait que le mal : les Juifs. Les Nazis ont donnés une image très négative du Juif : c’était un menteur, un homme malhonnête qui ferait tout pour cacher la véritable impureté de la race à laquelle il appartenait. Hitler a dit dans « Mein Kampf » : « Les Juifs ont toujours été un peuple possédant un caractère racial défini, et jamais simplement les adhérents à une religion. » Il décrète également, dans le même ouvrage, « Le Juif n’a jamais été un nomade, mais toujours un parasite, prospérant grâce à la substance des autres. » Les Nazis utilisaient également des descriptions des caractères physiques des Juifs, pour souligner la prétendue infériorité des Juifs. On trouvait d’abord les descriptions physiques classiques, comme le nez crochu, le corps trapu… Mais on utilisait également des théories soi-disant scientifiques, comme par exemple l’ouvrage de Max Nordau, « Entartung ». Dans cet ouvrage, Nordau fait une interprétation « médicale » et sociale des causes de la dégénération dans la société. Les Nazis ont repris cet ouvrage et ces théories, et les ont appliquées aux Juifs. (Nordau, il est intéressant d’ajouter, était Juif lui-même.)

Enfin, dans son programme pour le parti Nazi fait à Munich le 24 Février 1920, Hitler a énoncée plusieurs fois son intention d’exclure le Juif de la société, et donc d’en faire un ennemi pour l’Allemagne. On peut donc observer dans le 24ème point de ce plan : « Nous demandons la liberté en Allemagne de toutes les religions, dans la mesure où elles ne mettent pas en danger ou n'offensent pas le sentiment moral de la race germanique. [...] Le Parti combat l'esprit judéo matérialiste. [...] » Les Nazis énoncent donc clairement leur antijudaïsme dés le début, et leur intention de faire du Juif un ennemi commun est très claire, même avant leur prise du pouvoir.

 

 

2.    La propagande anti-Juive

Le régime Nazi a utilisé énormément de propagande antisémite pour établir le Juif comme ennemi de l’Allemagne. Cette propagande a mis en place l’idée du Juif, cruel, manipulateur malsain, venant se faufiler dans la société Allemande et détruisant tout ce qu’il touche. Pour véritablement ancrer cette idée dans les esprits des Allemands, les dirigeants Nazis ont utilisé beaucoup de stratagèmes de propagande. Un nombre incalculable d’attaques ont été faites pas tous les médiums envers les Juifs : journaux, livres, bandes dessinées, magasines, films, posters… La haine des Juifs se trouvait partout en Allemagne Nazie. Souvent, cet antisémitisme était énoncé sous forme de « La question Juive », expression qui est souvent associée à la « solution finale » des Nazis.

Énormément de journaux et de magazines sous le régime du Troisième Reich avaient des caractères antisémites. Neues Volk, le journal mensuel issu du Bureau de la Politique Raciale, se trouvait absolument partout en Allemagne et parlait essentiellement de la supériorité de la race Aryenne et de l’infériorité des Juifs. Le magazine publiait constamment des articles antisémites, comme par exemple un article publié dans la septième publication intitulé « Le Juif criminel ».

Der Stürmer (« l’attaquant ») était un journal hebdomadaire, publié de 1923 jusqu’à la fin de la guerre, qui était encore plus sauvagement antisémite que le magazine précédent. Alors que Neues Volk gardait tout de même l’apparence voilée d’un magazine respectable, Der Stürmer publiait des articles choquants et presque ridicules, comportant des accusations grotesques contre les Juifs comme la pornographie, l’anticapitalisme et l’anticatholicisme, entre autres. Entre les années 1941 et 1944, le journal publiait même des articles exigeant l’extermination et l’annihilation des Juifs. Le journal était connu pour ses caricatures antisémites, représentant les Juifs comme répugnants, avec des défauts exagérés et des corps difformes. On représentait souvent les Juifs comme des criminels sexuels, des violeurs, des meurtriers, des voleurs et tout simplement des parasites.

 

Caricature de Philipp Rupprecht, dit « Fips », pour Der Stürmer.

Un autre moyen qu’ont utilisés les dirigeants Nazis pour engendrer la haine des Juifs était le film de propagande, Der Ewige Juden (« Le Juif éternel »). Le film a été commissionné par Joseph Goebbels, le Ministre de la Propagande, et réalisé par Fritz Hippler. Ce film violemment antisémite a été considéré comme un film documentaire sous le Troisième Reich. Il consiste de matériaux filmés peu après l’occupation Nazie de la Pologne. Le but fondamental du film est de faire une opposition entre l’Aryen et le Juif. L’Aryen est montré comme un homme vivant sainement, et étant satisfait du labeur physique. Le Juif, au contraire, est montré comme trouvant toujours du plaisir dans l’argent et dans un style de vie hédonique, et vivant dans la saleté. Le film fait parvenir de nombreuses accusations antisémites : Les Juifs s’associent à l’anarchisme, à la libération sexuelle et à la pornographie, ils torturent les animaux et sont responsables de la chute de la musique, de la science, de l’art et du commerce. Aucun crime n’est oublié ; le Juif est responsable de tout. Le film s’ouvre sur une scène montrant des rats sortant d’un égout, accompagnée de sous-titres annonçant : « Si les rats représentent la vermine du royaume des animaux, les Juifs sont la vermine de la race humaine et, comme les rats, diffusent les maladies et la corruption. Seulement, les Juifs diffèrent des rats car ils sont capables de changer leur apparence et de se transformer en leurs hôtes humains. »

 

Der Ewige Juden, 1940

Enfin, le régime Nazi étendait sa cible de propagande aux enfants. En effet, les Nazis considéraient les enfants comme le futur de l’Allemagne, et pensaient donc qu’il fallait les endoctriner dés le plus jeune âge. Ainsi, beaucoup de mesures ont été prises pour influencer la jeunesse Allemande, afin qu’elle rejoigne les rangs des nombreux antisémites. On créait des illustrations antisémites pour des livres d’enfants, on parlait de « La question Juive » à l’école, en demandant aux enfants de déterminer les caractéristiques du Juif… L’un des ouvrages antisémites destinés aux enfants les plus connus était un livre pour enfants, nommé « Le Champignon vénéneux ». Ce livre utilisait la métaphore du champignon pour montrer aux enfants Allemand qu’il fallait à tout prix savoir reconnaître un Juif, et ne jamais s’en approcher. Le livre comportait 17 chapitres, tous plus antisémites les uns que les autres, ayant des titres comme « Comment les Juifs torturent les animaux », ou encore « L’argent est le dieu des Juifs ». Ce livre était l’une des nombreuses formes de propagande antisémite qu’avaient mis en place les dirigeants Nazis pour exciter la haine de leur peuple.

 

Le Champignon vénéneux. Histoires de Hernst Hiemer, illustrations de Flyps.

 

3.    L’exclusion du Juif de la société

Après la détermination du Juif comme un ennemi de l'Allemagne et la mise en place de la propagande antisémite, le régime Nazi a commencé l'exclusion du Juif de la société. En effet, il ne suffisait pas aux Nazis de créer un ennemi commun; il fallait ensuite l'éradiquer. Cependant, ils n'en sont pas venus directement à la "solution finale"; ils ont tout d'abord commencé par faire comprendre aux Juifs qu'ils n'étaient pas bienvenus en Allemagne. La première manifestation concrète de ce sentiment a été fait à partir des Lois de Nuremberg, proclamées le 15 Septembre 1935. Ces lois mettaient en place un système discriminatoire qui faisait en sorte que les Juifs soient exclus de la société Allemande. On y trouvait par exemple les "lois de la citoyenneté du Reich" et les "lois sur la protection du sang et de l'honneur Allemand". Dans cette dernière catégorie, on pouvait trouver par exemple:

1. Les mariages entre Juifs et citoyens allemands ou de sang voisin sont interdits. Les mariages consentis malgré cette interdiction n’ont pas de valeur, même s'ils ont été conclus à l'étranger pour ne pas tomber sous le coup de la présente loi.

2. Les relations extraconjugales entre Juifs et citoyens allemands ou de sang voisin sont interdites.

3. Les juifs ne seront pas autorisés à employer des citoyens féminins de sang allemand ayant moins de 45 ans comme domestiques.

En 1941, une loi portant sur le nouveau statut des Juifs est parue:

Article 4 : Les Juifs ne peuvent exercer une profession libérale, une profession commerciale, industrielle ou artisanale, ou une profession libre, être titulaires d'une charge d'officier public ou ministériel, ou être investis de fonctions dévolues à des auxiliaires de justice, que dans les limites et les conditions qui seront fixées par décrets en Conseil d'État.

Une loi a également été faite, décrétant que ceux qui étaient de race Juive (les gens dont au moins trois de leurs quatre grands-parents étaient Juifs) ne possédaient pas la citoyenneté Allemande. Après cette détermination de ce qui caractérisait un homme comme Juif, les choses allèrent très vite; le gouvernement Allemand instaura une multitude de lois anti-Juives. Les Juifs devaient faire tamponner un "J" sur leurs passeports, pour qu'ils soient facilement identifiables. On interdisait les Juifs de devenir médecins, journalistes ou avocats, ils n'avaient pas accès aux hôpitaux de l'Etat, les enfants n'avaient pas le droit à l'éducation passé 14 ans, ils n'avaient pas accès aux parcs publics, aux bibliothèques et aux plages. Avec la loi de Namensänderungsverordnung (Régulations du changement de noms) mise en place en 1938, les Juifs étaient obligés d'adopter un deuxième prénom d'origine Juive; "Sara" pour les filles et "Israel" pour les garçons. On mit enfin en place en 1941 la fameuse loi de l'étoile jaune; tous les gens de "race" Juive devaient porter un badge jaune, présentant l'étoile de David, un symbole Hébreu, qui les identifiait en tant que Juifs.

Deux enfants portant l'étoile jaune.

Cette exclusion totale du Juif de la société n'était bien sûr qu'un commencement, car très peu de temps après la mise en place de ces diverses lois, les Nazis commencèrent la déportation des Juifs dans les camps de concentration, et puis la "solution finale". Les nombreuses lois ayant été mises en place n'étaient alors qu'un procédé d'identification des Juifs, pour que les Nazis sachent où se trouvaient leurs "ennemis".

 

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