II - B : La haine envers le corps malsain

1. L’art dégénéré : un symbole de tout ce qui est malsain

Le XXème siècle était marqué par un changement de style artistique ; en effet, un nombre conséquent de mouvements artistiques modernes est apparu au début du siècle : postimpressionnisme, cubisme, surréalisme, fauvisme… Le régime Nazi s’opposait totalement à cette nouvelle forme d’art, cet art absurde. Les Nazis adhéraient à la théorie que l’art moderne provenait de ceux étant si corrompus et affaiblis par la vie moderne qu’ils ont perdu le contrôle de soi essentiel à l’élaboration de travaux cohérents. Cette théorie provenait d’un auteur nommé Max Nordau, qui l’a publiée dans son livre en 1892. Nordau était Juif, mais ceci n’a pas empêché les Nazis de s’accaparer de sa théorie, car elle correspondait totalement à leurs valeurs et leurs critères de « pureté » dans l’art. Cependant, ils ont élaboré : d’après les Nazis, l’art moderne avait été crée et pratiqué par les Juifs, et il correspondait à une violente offensive de leur part contre l’esprit Allemand. L'art moderne a dalleurs souvent été qualifié de "judeo bolchevique". En propageant la théorie de la dégénérance, les Nazis combinaient leur antisémitisme avec leur besoin de contrôler la culture. Ils ont donc renommé l'art absurde, l'art moderne, en y ajoutant une connotation négative: l'art dégénéré, ou Entarte kunst en Allemand.

Les Nazis avaient une autre raison de s'opposer à l'art moderne: le régime, et Hitler en particulier, se préoccupait du message véhiculé par ces oeuvres. Les Nazis cherchaient à détruire tout ce qui pourrait être vu comme une critique du régime. Hitler comptait créer un blocage au niveau de l'expression artistique afin d'écraser toute possibilité de révolte. Il déclara, lors de son discours d’inauguration de l’exposition de 1937: « Avant que le nationale socialisme ne prenne le pouvoir, il n’y avait en Allemagne que le soi-disant Art Moderne. Chaque année un autre art moderne… Nous, nous voulons un art Allemand d’une valeur éternelle. L’art n’est pas fondé sur le temps, une époque, un style, une année, mais uniquement sur un peuple. » Ainsi, il considérait l'art moderne comme une menace directe à son régime, et a donc tout fait pour l'éliminer totalement de l'Allemagne.

Pour clairement exprimer l’opinion Nazie, l’opinion que le public se devait d’avoir, de cet art "dégénéré", plusieurs expositions à caractère fortement dérisoire ont été mises en place, ridiculisant cet art. Adolf Ziegler, spécialiste des nus académiques et président de la chambre des Beaux-Arts, a organisées ces expositions, qui consistaient en un rassemblement de pièces d'art moderne, essentiellement Allemand, datant du début du siècle, saisies ou tout simplement volées par les Nazis. Dans ces expositions, on disposait de diverses pièces d'art portant sur plusieurs sujets -- expressionnisme, abstraction, Dada, religion, antimilitarisme, artistes juifs, femmes -- et l'on attachait à chaque pièce un carte indiquant la somme dépensée par les musée pour l'acquisition de ces "horreurs". Les Nazis ont également fait exposer des œuvres d’handicapés mentaux et des dessins d’enfants au milieu d’œuvres d’artistes modernes connus, dans le but de démontrer l’aspect malsain et impur de cet art moderne. Une première exposition a pris place en 1935 à Nuremberg et une seconde à Munich, de Juillet à Novembre 1937. Ces expositions étaient donc l'un des nombreux stratagèmes inventés par les Nazis pour imposer leur opinion sur le peuple; encore une forme de propagande.

De nombreux artistes modernes Allemands ont été interdits de d'exposer et de peindre, et un bon nombre d'autres furent forcés de fuir l'Allemagne. On estime à 4.829 le nombre de peintures, sculptures ou dessins détruits sur ordre de Goebbels à la veille de la guerre.

Plusieurs artistes modernes du XXème siècle ont marqués l'ère, par leur art et par le refus de celui-ci des Nazis. Otto Dix (1891-1969) était un peintre expressionniste Allemand, et l'une des victimes du régime Nazi. En 1933, il est destitué de son poste de professeur d'art à l'université de Dresden et renvoyé de l'Académie Prussienne des Arts, car les Nazis ont caractérisé sont art comme "dégénéré". Plusieurs de ses peintures sont exhibées durant l’exposition "Entartete Kunst", et 260 de ses oeuvres sont retirées des musées allemands et une partie d'entre elles sont brulées. Il est lui-même arrêté et enfermé par la Gestapo en 1938 pour "complot contre Hitler". Après la Seconde Guerre Mondiale, il est encore critiqué par les avant-gardistes Allemands, qui méprisent ses oeuvres. Ainsi, la carrière artistique de Otto Dix a été détruite par la haine de l'art dégénéré des Nazis, et n'est jamais totalement restituée.

 Les joueurs de cartes, Otto Dix (1920). 1.17m sur 0.87m
 Stuttgart, Galerie des Stadt


2. Autres cibles de la haine Nazie

Les Juifs étaient certainement la cible principale de la haine des Nazis; cependant, bon nombre d'autres populations ont été persécutées durant le Troisième Reich. En effet, même si l'élimination de la race Juive était l'objectif principal des Nazis, ils ont également dirigés leur haine vers d'autres "races" qu'ils considéraient comme inférieures, et dérangeantes au bon fonctionnement de la population. En effet, l'idéologie Nazie désignait certaines populations comme des "sous-hommes", qui ne méritaient pas la citoyenneté Allemande et devaient disparaître.

Depuis l'admission de leur existence, les homosexuels ont été énormément persécutés, par tout genre de personne. En Allemagne, sous la république de Weimar, l'homosexualité était interdite; ceci figurait sous le paragraphe 175 du code pénal. Les Nazis également considéraient l'homosexualité comme interdite; ils ont dalleur tout fait pour s'en débarrasser durant le Troisième Reich. Le gouvernement Nazi voyait la tolérance des homosexuels comme une grande part de la décadence du pays. Ils ont lancé une "croisade morale", un combat racial contre celle-ci; l'homosexualité était vue comme une race non correcte. Le 6 Mai 1933, le Sturmabteilung (Bataillon d’assaut) détruit 12000 livres et 35000 photographies irremplaçables de la bibliothèque de l’Institut des Sciences Sexuelles. Entre 1933 et 1945, 100000 personnes sont considérées comme homosexuelles. 50000 sont enfermées dans des prisons, 10000 sont internées dans des camps de concentration. La haine que le gouvernement Nazi avait pour les homosexuels est facilement compréhensible; les personnes homosexuelles allaient totalement à l'encontre de toutes les valeurs Nazies. Ces personnes étaient considérées comme efféminées (ce qui contrastait avec la virilité de l'homme Aryen) et, évidemment, ne pouvaient pas se reproduire, ce qui était inadmissible sous le Troisième Reich.

Les tziganes ont également été fortement persécutés par les Nazis, et ensuite par le reste de l'Europe. Ils étaient qualifiés de "fainéants", "asociaux", "improductifs" et "inadaptés"; ainsi, les Nazis ont tout fait pour s'en débarrasser. On les considérait comme des criminels irrécupérables, qui ne méritaient pas d'être Allemands, car ils constituaient un affront aux idées et à l’ordre social nazis. Ils correspondaient à une catégorie ethnique, racialement inférieure, dont il fallait purifier le peuple allemand. Ils étaient donc vus, comme les Juifs, comme une menace à la pureté raciale Allemande. Leur caractère de nomade semblait particulièrement offenser les nazis, car les nomades non tziganes leur étaient associés et les tziganes sédentaires furent généralement épargnés. Dans le décret sur « la lutte contre le fléau tzigane » du 8 décembre 1938, Himmler ordonne le recensement intégral des Tziganes. Ils furent rassemblés dans des camps surtout à partir de 1936. Des recherches détermineront que ces internements feront de deux cents à cinq cent mille victimes, soit 25 à 50% des Tziganes d’Europe.

Les handicapés correspondaient à une autre cible de la haine Nazie. Encore une fois, on les considérait comme une menace à la pureté de la race Allemande et Aryenne, et les Nazis cherchaient à se débarrasser de toute personne qui ne correspondait pas à leurs idéaux. De 1933 à 1945, les dirigeants Nazis ont mis en pratique une politique d'hygiène raciale qui comportait sa case Handicap. Cette politique consistait en la stérilisation de toute personne atteinte d'un handicap physique ou mental: sourds, aveugles, malades mentaux, infirmes... Ces personnes étaient considérées comme inutiles à la société Allemande. On enlevait de force l'utérus des femmes, et on imposait une vasectomie aux hommes. Le régime a ensuite mis en place une politique d'euthanasie, qu'on appelait le programme d’extermination systématique des handicapés physiques et mentaux. Ce programme concernait les enfants et les adultes atteints d'handicaps ou de déficiences physiques ou mentales; on exterminait la plupart, mais on leur imposait parfois également des expériences médicales, qui pouvaient être très cruelles et douloureuses. Selon le Tribunal militaire international de Nuremberg (1945-1946), deux cent soixante quinze mille personnes ont péri dans la mise en œuvre de ce programme.

Enfin, une autre catégorie de la population a été persécutée par les Nazis: les personnes considérées comme "asociales". Dans les camps de concentration, ils portaient un triangle noir comme signe d'identification. Parmi cette catégorie, on pouvait trouver des chômeurs de longue durée, des vagabonds, des marginaux, des alcooliques, des toxicomanes et certains malades mentaux, mais aussi des prostituées ou encore des femmes qui employaient des contraceptifs.

Le régime Nazi utilisait des techniques de propagande pour amener la population Allemande à cet état d'esprit discriminatoire. Il mettait par exemple en place des problèmes de mathématiques à l'école avec un caractère racial très poussé. On pouvait trouver par exemple: "Un malade mental coûte quotidiennement environ 4 Reichsmarks, un infirme 5,5 RM, un criminel 3,5 RM, un apprenti 2 RM. Faites un graphique avec ces chiffres. D'après de prudentes estimations, il y aurait en Allemagne 300.000 malades mentaux, épileptiques, etc. qui reçoivent des soins permanents. Calculez combien coûtent annuellement ces 300.000 malades mentaux et épileptiques. Combien de prêts non remboursables aux jeunes ménages à 1.000 RM pourrait-on faire si cet argent pouvait être économisé ?"

Ainsi, le gouvernement Nazi ne s'arrêtait à rien pour conserver la pureté de leur race, et convaincre le peuple de la crédibilité de leurs idéaux. Un nombre astronomique de personnes non Juives ont été tuées, sous le prétexte qu'ils étaient "différents" ou "impurs", et ne correspondaient pas à la race Aryenne. Ils étaient considérés comme "incurables" ou "irrécupérables"; pour eux, les Nazis n'avaient qu'une seule solution, et celle-ci était fatale.

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